Aller au contenu
Toutes les levéesLevée de fonds · Bruxless

Bruxless obtient 4 millions d'euros pour s'attaquer à un trouble que beaucoup ignorent avoir : rencontre avec Charles Collinot

4 M€30.10.26N/A
Bruxless obtient 4 millions d'euros pour s'attaquer à un trouble que beaucoup ignorent avoir : rencontre avec Charles Collinot
Analyse

Une mentonnière connectée qui détecte le serrement des dents pendant la nuit, une technologie issue de la neurorééducation post-AVC, 1 500 appareils vendus depuis juin et plusieurs ruptures de stock dès le premier été. Retour sur un financement familial en healthtech et sur un go-to-market qui doit maintenant aller chercher ceux qui ne savent pas encore qu'ils sont concernés.

Mi-octobre, Bruxless a annoncé un apport de 4 millions d'euros en fonds propres de la part de ses actionnaires familiaux. Aucun fonds de capital-risque n'entre au capital : ce sont des partenaires financiers déjà présents qui renforcent leur soutien. Installée à Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, l'entreprise commercialise depuis juin une mentonnière connectée qui détecte le serrement des dents pendant le sommeil et répond par des vibrations destinées à faire relâcher la mâchoire. Ces fonds doivent accompagner l'industrialisation, la R&D, le développement commercial et la croissance des équipes.

Chez Uclic, on aime aller au-delà du communiqué. J'ai échangé en visio avec Charles Collinot, directeur commercial de Bruxless, installé ce jour-là dans les bureaux de Techno Concept, la maison mère. En cours d'appel, il a attrapé un casque pour me le montrer à l'écran : l'objet est bien plus petit qu'on l'imagine. Il est revenu sur la technologie, sur un premier été de commercialisation plus intense que prévu, et sur la manière dont Bruxless compte toucher un public qui, souvent, ne sait pas encore mettre un nom sur ce qu'il vit. Un public dont fait partie, je l'ai compris pendant l'échange, l'auteur de ces lignes.

Un réflexe que les solutions actuelles contournent

Le bruxisme, c'est le fait de serrer ou de grincer des dents de manière involontaire. Selon Charles Collinot, 90 % des épisodes ont lieu la nuit, même si certaines personnes le font aussi en journée, au travail par exemple.

Les solutions les plus répandues, comme la gouttière ou les injections de toxine botulique, visent surtout à limiter les dégâts, en premier lieu l'usure de l'émail. Charles Collinot se garde de les opposer à son produit.

« On ne critique en aucun cas les solutions qui existent. »

Il pointe toutefois une limite de la gouttière chez les bruxeurs sévères.

« Pour beaucoup de personnes considérées comme bruxeurs sévères, avoir un dispositif en bouche comme une gouttière les pousse à forcer dessus. On protège un peu les dents, mais l'action de serrage, elle, peut être amplifiée. »

Bruxless prend le problème par l'autre bout : agir sur le réflexe lui-même.

« Le principe de Bruxless, ce n'est pas seulement de limiter la casse des dents. C'est d'essayer de déprogrammer le bruxisme du cerveau, en lui envoyant des messages jusqu'à diminuer au maximum les épisodes. »

Une technologie de rééducation post-AVC, adaptée à la mâchoire

Bruxless est née en 2021, au sein d'une entreprise familiale. Charles Collinot travaille aux côtés de son père, Guillaume Collinot, fondateur et président de la société, dont le projet est parti d'une expérience personnelle du bruxisme.

La technologie vient de Techno Concept, la maison mère, propriétaire des stimulations proprioceptives fonctionnelles (FPS). Techno Concept les utilise depuis des années en neurorééducation, dans de nombreuses pathologies, par exemple après un accident vasculaire cérébral ou un accident grave, en cas de perte de l'usage d'un membre, chez des personnes dans le coma, ou dans la maladie de Parkinson et la maladie de Charcot.

« On a pris cette technologie et on l'a adaptée au bruxisme. Elle fonctionne de la même façon. »

Concrètement, le casque se porte comme une mentonnière, avec des capteurs placés au niveau des masséters, les muscles qui ferment la mâchoire. À chaque utilisation, une courte calibration mesure leur activité : huit secondes mâchoire détendue, puis huit secondes mâchoire serrée. Le casque connaît ainsi les valeurs de repos et d'effort propres à chaque utilisateur.

« Chaque bruxisme est différent : les symptômes, les conséquences, les profils. Il fallait un seul outil qui s'adapte à tout le monde. »

Pendant la nuit, dès que la pression mesurée sort des valeurs de repos, le casque émet une vibration ciblée.

« On envoie une vibration, qui envoie un message au cerveau, qui renvoie un signal de relâchement au muscle. C'est la répétition dans le temps qui permet de diminuer les épisodes. »

L'idée est de rendre au cerveau une information qu'il ne perçoit plus pendant le sommeil.

« Pendant la nuit, c'est un réflexe ancré. On fait prendre conscience au cerveau qu'on est en train de serrer, pour justement desserrer. »

D'autres dispositifs connectés existent sur le marché, fondés sur le biofeedback. Pour Charles Collinot, la différence tient à l'approche : Bruxless s'appuie sur un principe de neurorééducation plutôt que sur un simple signal envoyé au muscle.

Un apport familial plutôt qu'une levée de fonds

Charles Collinot tient à la précision dès le début de l'échange.

« Ce n'est pas vraiment une levée de fonds. C'est un apport de nos partenaires financiers, qui étaient déjà là. »

Les 4 millions d'euros viennent des actionnaires familiaux de l'entreprise. Ils arrivent au moment où Bruxless passe du lancement à la montée en volume : l'industrialisation va évoluer, et les équipes s'étoffent pour suivre la demande.

Bruxless reste commercialisée comme un produit de bien-être, et non comme un dispositif médical. Le marquage dispositif médical, en Europe comme auprès de la FDA américaine, reste un objectif, mais il demande du temps, de l'argent et des ressources. Pour l'instant, la priorité est au lancement.

Un premier été à court de casques

Les précommandes ont ouvert en février 2025. Les premiers casques ont été expédiés en juin 2026, au moment de l'ouverture de la commercialisation à tous.

Depuis juin, 1 500 appareils ont été vendus, sans compter les clients des précommandes. Un volume que l'équipe n'avait pas anticipé.

« On s'est retrouvé plusieurs fois à court de casques au cours de l'été. Ce sont de bons problèmes, mais on avait sous-estimé la demande. »

Bruxless avait prévu de monter en charge progressivement, pour garder la main sur le suivi des clients. L'entreprise a donc expédié par lots successifs, et ce n'est qu'à la mi-octobre que les envois ont rattrapé les commandes. L'apport des actionnaires doit justement permettre de produire et de suivre à ce rythme.

699 euros, et peu d'objections sur le prix

Le casque est vendu 699 euros, avec un paiement possible en quatre fois et 30 nuits d'essai. Un prix qui, selon Charles Collinot, freine peu.

« On a très peu de freins liés au prix. »

L'explication tient au profil des premiers clients. Ce sont souvent des bruxeurs sévères, déjà diagnostiqués, qui ont essayé plusieurs solutions : gouttières, injections, séances chez le kiné, l'ostéopathe, le sophrologue ou le psychologue.

« Pour eux, le bruxisme coûte très cher chaque année. Le calcul est assez vite fait : un casque qui soulage vraiment votre bruxisme est beaucoup plus rentable sur le long terme que de continuer comme ça. »

Les praticiens, prescripteurs sans ordonnance

Voici la partie qui nous intéresse le plus, chez Uclic. Les ventes de l'été viennent de plusieurs sources : les personnes inscrites pendant les précommandes, les retombées médiatiques, celles et ceux qui cherchaient d'eux-mêmes une solution contre le bruxisme, et des campagnes Meta et Google qui tournent en continu.

Le canal que Charles Collinot veut développer en priorité est celui des professionnels de santé. Il s'en occupe lui-même : avant Bruxless, il a travaillé dans une entreprise d'intelligence artificielle appliquée à la santé, où il s'est constitué un réseau de praticiens, notamment de dentistes.

Le statut de produit de bien-être fixe le cadre. Un praticien peut recommander Bruxless, pas le prescrire, et le casque n'est remboursé ni par la Sécurité sociale ni par les mutuelles. Le besoin, lui, est bien là.

« Pour les professionnels de santé, le bruxisme est un fléau, parce qu'à part les gouttières, il n'existe pas vraiment de solution. »

Charles Collinot prend l'exemple le plus parlant.

« Un dentiste qui refait des implants à un patient qui serre ou grince vraiment des dents, c'est compliqué : en six mois, le patient peut casser tous ses implants. »

Le lancement a déclenché beaucoup de demandes de la part de praticiens. Bruxless leur envoie un casque pour qu'ils l'essaient eux-mêmes, avec des tests qui prennent du temps, puisque les premiers résultats ne se voient pas en une nuit. Le site propose aussi un espace dédié aux professionnels, avec un code de réduction à transmettre à leurs patients.

« Pour moi, c'est essentiel. Il faut que la relation entre le patient et le praticien continue. »

Un mois d'accompagnement après l'achat

Bruxless ne s'arrête pas à la livraison. Une équipe dédiée à la relation client suit chaque nouvel utilisateur pendant son premier mois, pour s'assurer qu'il a bien compris le fonctionnement du casque. Charles Collinot les compare à des customer success managers.

« Vous achetez un casque, ce n'est pas : vous le recevez et à bientôt. Il y a un vrai accompagnement et un suivi sur le premier mois. »

Cet accompagnement revient souvent dans les retours des clients, et l'équipe continue d'affiner ses processus pour les rendre plus fluides.

Aller chercher ceux qui ne savent pas encore

Le marché le plus large reste à conquérir. Selon les estimations citées par Charles Collinot, environ une personne sur cinq fait du bruxisme, en France comme dans le monde. Beaucoup ne le savent pas.

« Beaucoup de personnes n'ont jamais été diagnostiquées. Elles ont des maux de tête, des troubles de la vision, des douleurs à la nuque ou aux cervicales, elles font plein d'examens, et ne se rendent pas compte que ça vient des masséters. »

Aujourd'hui, l'acquisition de Bruxless vise surtout le bas du funnel : des personnes qui savent déjà qu'elles sont bruxeuses et cherchent une solution. Quelques créations plus pédagogiques ont été testées et ont touché une large audience, mais ce public demandera un cycle de vente plus long.

La logique envisagée passe par le diagnostic. Le site propose déjà un questionnaire qui estime son degré de bruxisme en quelques questions. À terme, il doit orienter les personnes qui cherchent une solution depuis des années vers un professionnel partenaire. Le diagnostic posé en consultation peut alors déboucher sur une recommandation de Bruxless. Chaque personne sensibilisée renforce aussi l'intérêt du réseau de praticiens.

Charles Collinot insiste sur le message de fond.

« Si vous vous retrouvez dans ces symptômes, allez vous faire diagnostiquer, et n'attendez pas trop longtemps. Une fois que le bruxisme est ancré en vous, c'est compliqué à faire partir. »

Confirmer le lancement, puis ouvrir l'Europe

Pour les 12 à 18 prochains mois, l'objectif est d'abord de confirmer le lancement et les retours positifs des premiers utilisateurs, en continuant d'investir dans la relation client. Bruxless commence aussi à travailler le marché européen : l'entreprise reçoit de nombreuses demandes venant de pays frontaliers. Le travail sur les certifications doit se poursuivre en parallèle.

Ce qu'on retient

Trois enseignements de cet échange, qui dépassent la healthtech.

Le premier : un lancement réussi se joue aussi dans les opérations. Bruxless avait prévu de monter en charge progressivement pour garder la main sur le suivi client, et s'est retrouvée plusieurs fois en rupture de stock dès le premier été. L'apport des actionnaires finance d'abord la capacité de produire et d'accompagner au rythme de la demande.

Le deuxième : le prix se compare au coût du problème. Beaucoup des premiers clients de Bruxless ont déjà dépensé en gouttières, injections et séances diverses : ils comparent le casque à 699 euros à ce que leur coûte le bruxisme chaque année, et non au prix d'un objet connecté.

Le troisième : le marché qui cherche une solution est plus petit que celui qui s'ignore. Si une personne sur cinq est concernée et que beaucoup ne le savent pas, l'acquisition de bas de funnel ne touche qu'une partie de la cible. Pour un produit de bien-être qui ne peut pas être prescrit, la suite passe par l'éducation du public et par les praticiens, qui transforment un diagnostic en recommandation.

On suivra de près la construction du réseau de professionnels de santé de Bruxless et ses premiers pas en Europe.

Bruxless en bref

  • Siège : Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).
  • Fondée en 2021, filiale de Techno Concept, spécialiste de la neurorééducation.
  • Dirigeants : Guillaume Collinot, fondateur et président ; Charles Collinot, directeur commercial.
  • Produit : mentonnière connectée qui détecte l'activité des masséters et répond par des vibrations calibrées (stimulations proprioceptives fonctionnelles), avec une application de suivi.
  • Statut : produit de bien-être, conçu et fabriqué en France.
  • Prix : 699 €, paiement possible en quatre fois, 30 nuits d'essai.
  • Commercialisation : précommandes depuis février 2025, premières livraisons et ouverture à tous en juin 2026.
  • Traction : 1 500 appareils vendus depuis juin 2026, en plus des précommandes.
  • Financement : apport de 4 M€ en fonds propres par les actionnaires familiaux (octobre 2026).
  • Site : bruxless.com

Article publié par Uclic, agence growth marketing et IA. Propos recueillis par Alexis Christine-Amara le 22 octobre 2026.

Dernière étape

Vous n'avez pas besoin de plus de canaux.
Vous avez besoin d'un pilote.

Audit gratuit · 48hVoir le deck Uclic

GratuitRésultats en 48 hSans engagement

06 17 12 54 285,0Google4,96Sortlist4,3Trustpilot40+ clients B2B