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Spark Cleantech lève 30 M€ pour la pyrolyse de méthane par plasmolyse

30M€4 décembre 2025Series A
Spark Cleantech lève 30 M€ pour la pyrolyse de méthane par plasmolyse
Analyse

Spark Cleantech, spin-off des laboratoires de CentraleSupélec, a annoncé le 4 décembre 2025 la clôture d'une Série A de 30 millions d'euros (dont 17 M€ en equity et le solde en dette/subventions). Le tour est mené par 360 Capital et Taranis, avec la participation du Fonds de Réindustrialisation de la Région Île-de-France (opéré par Innovacom) et de l'investisseur historique Asterion Ventures. La société développe une technologie de plasmolyse pulsée pour décarboner les usages thermiques industriels.

Une Série A pour passer du laboratoire au premier module commercial

Selon EU-Startups, l'opération vise à finaliser et opérer le premier module de production, qui sera ensuite déployé sur sites clients. Trois priorités structurent l'usage des fonds :

  • Industrialisation du module commercial et tests dans les conditions réelles d'un brûleur industriel haute température.
  • Qualification des premiers grades commerciaux de carbone solide, ressource clé pour la rentabilité du modèle.
  • Renforcement des équipes ingénierie procédés, commerciale et opérations.

L'entreprise indique que des contrats ont déjà été signés avec des industriels en vue de premiers déploiements commerciaux en 2027.

Plasmolyse pulsée : extraire l'hydrogène et le carbone du gaz naturel

La technologie de Spark s'inscrit dans la famille de la pyrolyse de méthane — une voie de production d'hydrogène dite « turquoise ». Le principe : casser thermiquement la molécule CH₄ en hydrogène (H₂) et en carbone solide (C), sans émettre de CO₂ contrairement au reformage à la vapeur classique (qui produit l'hydrogène « gris »).

L'innovation de Spark consiste à utiliser un plasma pulsé alimenté en électricité décarbonée. Le module s'installe entre le réseau de gaz du client et ses brûleurs haute température : le plasma extrait le carbone avant combustion, ne laissant qu'un flux d'hydrogène à brûler. Selon le communiqué relayé par Renewable Energy Magazine, l'approche réduit les émissions de 85 % et génère un carbone solide valorisable, multipliant par quatre la valeur économique extraite du gaz d'origine.

Marché : la décarbonation industrielle, un terrain stratégique

Le marché de l'hydrogène turquoise reste émergent mais en accélération. Selon Transparency Market Research, le segment pesait 80 millions de dollars en 2024 et progresserait à un TCAC de 37 % jusqu'en 2035. Les analystes IDTechEx identifient la pyrolyse de méthane comme l'une des trois voies clés pour atteindre la neutralité carbone industrielle, à côté de l'hydrogène vert (électrolyse) et bleu (capture/stockage CO₂).

Trois facteurs portent la dynamique :

  1. Énergie spécifique compétitive : la pyrolyse théorique requiert ~5,2 kWh/kg H₂ contre ~39 kWh/kg pour l'électrolyse, ce qui rend la voie économiquement attractive même avec de l'électricité non subventionnée.
  2. Co-produit valorisable : le carbone solide trouve des débouchés dans les polymères, le caoutchouc, les batteries lithium-ion (anodes), ou les composites.
  3. Pression réglementaire européenne via le Pacte Vert et le Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM) qui renchérit les émissions des industries lourdes.

Concurrence : un terrain animé par des acteurs allemands, américains et français

Spark se mesure à plusieurs catégories d'acteurs :

  • Monolith Materials (États-Unis) : pyrolyse plasma à grande échelle, le plus mature commercialement.
  • Hazer Group (Australie) : pyrolyse catalytique avec mineral byproduct.
  • BASF (Allemagne) : développement interne d'une voie pyrolyse à l'horizon 2030.
  • Hycamite, Ekona Power, C-Zero : nouvelles vagues plasma et catalytiques en Europe et Amérique du Nord.

L'angle d'attaque de Spark consiste à proposer une solution modulaire installée chez le client plutôt qu'une centrale centralisée : le module se branche directement sur le réseau gaz existant, ce qui évite le coût logistique de transport d'hydrogène, l'un des grands obstacles à l'adoption.

Modèle économique : la double monétisation

Le modèle est élégant en théorie : pour chaque mètre cube de gaz traité, le client récupère un combustible décarboné (hydrogène) et la société commercialise un sous-produit haute valeur (carbone solide spécialty grade). Concrètement, le coût marginal du H₂ pour le client devient compétitif face au gaz naturel grâce à la valorisation du carbone côté Spark.

Selon les analyses publiées dans la revue Energies, le défi structurel reste l'absorption massive du carbone produit : pour chaque kilogramme d'hydrogène, environ 3 kg de carbone solide sont générés. Le marché mondial du carbon black ne pèse aujourd'hui que ~20 Mt/an, ce qui plafonne mécaniquement le déploiement à très grande échelle de la filière. La capacité de Spark à qualifier des grades premium (batteries, polymères techniques) sera donc déterminante.

Profil des investisseurs

360 Capital et Taranis sont deux fonds early/growth au portefeuille deeptech industriel solide. Le Fonds de Réindustrialisation Île-de-France apporte un signal politique : la décarbonation industrielle est désormais une priorité publique régionale. Asterion Ventures, déjà au capital, confirme sa conviction sur le dossier.

Pour les fondateurs deeptech qui structurent leur trajectoire growth, l'opération illustre l'avantage d'un mix public-privé sur un dossier où l'amortissement des CapEx est lourd : un fonds public de réindustrialisation accélère typiquement la signature des premiers contrats industriels.

Risques d'exécution

  • Scale-up technique : la pyrolyse plasma à l'échelle d'un brûleur industriel reste un défi d'ingénierie procédés.
  • Qualification carbone : la valorisation du sous-produit suppose des certifications par segment (batterie, polymères).
  • Compétition mondiale avec des acteurs très bien capitalisés comme Monolith ou les corporates allemands.

Lecture pour l'écosystème climate tech

Spark Cleantech s'inscrit dans une vague d'entreprises qui mobilisent l'IA et la modélisation avancée au service des procédés industriels. La transition de l'industrie lourde vers la neutralité carbone passera par ce type d'innovations modulaires, déployables sans casser l'outil industriel existant. Les industriels français de la chimie, de la verrerie et de la sidérurgie sont des candidats naturels.

FAQ

Combien Spark Cleantech a-t-il levé ?

Spark Cleantech a levé 30 millions d'euros en Série A annoncée le 4 décembre 2025, dont 17 M€ en equity. Le tour est mené par 360 Capital et Taranis avec le Fonds de Réindustrialisation Île-de-France et Asterion Ventures.

Que fait Spark Cleantech ?

L'entreprise développe une technologie de plasmolyse pulsée qui extrait l'hydrogène et le carbone solide du gaz naturel avant combustion. Le module s'installe directement sur les sites industriels équipés de brûleurs haute température.

Quel est l'avantage de la plasmolyse pulsée ?

Selon Spark, la technologie réduit les émissions de 85 % et génère deux matériaux décarbonés (carbone solide et hydrogène), multipliant par quatre la valeur économique extraite du gaz d'origine, sans émettre de CO₂ contrairement au reformage classique.

Quand sont prévus les premiers déploiements commerciaux ?

Spark Cleantech a déjà signé des contrats préliminaires avec des industriels et vise des premiers déploiements commerciaux en 2027.

Quelle est la taille du marché de l'hydrogène turquoise ?

Le segment hydrogène turquoise pesait 80 millions de dollars en 2024 selon Transparency Market Research, avec un TCAC de 37 % attendu jusqu'en 2035, porté par la pression réglementaire sur la décarbonation industrielle européenne.

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