Recupere Metals, deeptech française du recyclage, a annoncé le 30 janvier 2026 une levée de 5 millions d'euros en amorçage. Le tour est mené par SistaFund, avec la participation d'Endgame Capital, Ring Capital, Triple Impact Ventures et le business angel néerlandais Sake Bosch. Le financement industrialise un procédé mécanique breveté qui transforme directement les déchets de cuivre en fils électriques de haute pureté, en court-circuitant les étapes énergivores de fusion et raffinage.
Une opération qui marque le pas industriel pour la jeune deeptech
Selon Maddyness, l'opération porte la signature de SistaFund en lead, fonds spécialisé dans le financement d'équipes paritaires et féminines, accompagné d'Endgame Capital (climate tech), Ring Capital et Triple Impact Ventures (impact). L'opération a été conseillée par Bird & Bird.
Recupere Metals a été fondée en mars 2025 par Katie Marsh, CEO ex-J.P. Morgan et Field (start-up énergie), et Julien Vaïssette, docteur en ingénierie diplômé de l'INSA Toulouse. La société emploie une équipe technique restreinte concentrée sur la mise au point industrielle, en s'appuyant sur le brevet de procédé déposé par les fondateurs.
Un procédé mécanique pour court-circuiter la fonderie
Le recyclage classique du cuivre repose sur des fonderies à très haute température (1 200 °C environ pour la fusion, ajout de processus pyrométallurgiques pour atteindre la pureté requise des câbles électriques, supérieure à 99,9 %). Ces installations consomment beaucoup d'énergie et émettent du CO2, en partie compensé par la valeur du métal mais qui plombe le bilan carbone par rapport au cuivre primaire issu de l'extraction (environ 4 tCO2/tonne pour la cathode primaire).
Recupere Metals revendique un procédé mécanique breveté qui transforme directement les chutes industrielles et déchets de cuivre en fils électriques, sans phase de fusion. La société annonce une réduction de 90 % des émissions de CO2 par tonne produite et une pureté finale supérieure à 99 %, compatible avec les usages électrotechniques courants. La mise au point industrielle reste à valider à grande échelle, étape clé que la levée doit financer.
Objectif 6 000 tonnes annuelles d'ici 2028
L'objectif annoncé est d'atteindre 6 000 tonnes de fils de cuivre recyclé par an d'ici 2028. À titre de comparaison, la consommation française annuelle de cuivre est d'environ 250 000 tonnes selon les données du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), dont une part minoritaire issue du recyclage. Recupere Metals viserait donc une part de marché initiale modeste, mais positionnée sur un segment à forte valeur ajoutée (cuivre vert, traçable, à empreinte carbone réduite) recherché par les industriels soumis à la taxonomie européenne et au reporting CSRD.
Le contexte du marché du cuivre : une tension structurelle
Selon l'Agence internationale de l'énergie et plusieurs études sectorielles, la demande mondiale de cuivre pourrait doubler d'ici 2035 pour atteindre environ 50 millions de tonnes par an, sous l'effet de la transition énergétique (véhicules électriques, réseaux de recharge, éolien, photovoltaïque) et du déploiement des infrastructures de calcul (data centers liés à l'IA). Un déficit structurel de 30 à 40 % de la demande est anticipé à cet horizon, faute d'ouverture suffisante de nouvelles mines.
L'Europe est particulièrement exposée. Le continent extrait peu de cuivre primaire et dépend largement des importations (Chili, Pérou, RDC pour la mine, Chine pour le raffinage). La filière européenne du recyclage est jugée stratégique par la Commission européenne dans le cadre du Critical Raw Materials Act adopté en 2024, qui fixe l'objectif que 25 % des matières premières critiques consommées dans l'UE proviennent du recyclage en 2030.
La concurrence sur le recyclage cuivre vert
Le cuivre recyclé n'est pas nouveau. Aurubis (Allemagne, leader européen du raffinage), Boliden (Suède) et plusieurs acteurs français comme Veolia ou Suez exploitent déjà des chaînes de recyclage. La rupture revendiquée par Recupere Metals porte sur l'élimination de la phase fusion, là où les acteurs historiques restent fidèles à la pyrométallurgie. Les concurrents directs sur cette approche mécanique restent rares, ce qui constitue à la fois une opportunité (tech différenciante) et un risque (validation industrielle non prouvée).
Les jalons critiques à surveiller
- Validation du procédé à l'échelle industrielle : passer du laboratoire à plusieurs milliers de tonnes annuelles est l'écueil classique des deeptech matériaux. La courbe d'apprentissage et les coûts d'industrialisation peuvent dépasser le budget initial.
- Premiers contrats clients : les industriels électrotechniques, automobiles et batteries chercheront des certifications produits (norme NF, qualifications fabricants OEM) avant tout achat structurant.
- Tour suivant : pour atteindre 6 000 tonnes annuelles, un tour de série A à B de plusieurs dizaines de millions sera nécessaire, probablement avec entrée d'investisseurs industriels et de fonds infrastructure.
Pourquoi cette opération compte pour la réindustrialisation française
L'opération illustre la trajectoire des deeptech industrielles françaises dans le sillage du Critical Raw Materials Act : amorçage rapide, soutien d'investisseurs impact, partenariats industriels précoces. Au-delà du seul cuivre, les filières aluminium, lithium, terres rares font l'objet de levées de fonds régulières en France et en Europe. Ce mouvement structure progressivement une chaîne d'approvisionnement européenne moins dépendante des importations chinoises.
Pour les directions marketing et opérationnelles des scale-ups industrielles, ce type d'opération ouvre des chantiers d'acquisition compte clé, de communication réglementaire (taxonomie, CSRD) et de structuration commerciale. C'est typiquement le périmètre d'une agence intelligence artificielle appliquée et du growth marketing B2B, qui combinent données, automatisation et acquisition.
FAQ
Quel est le montant exact levé par Recupere Metals ?
Recupere Metals a annoncé le 30 janvier 2026 une levée de 5 millions d'euros en amorçage, menée par SistaFund avec Endgame Capital, Ring Capital, Triple Impact Ventures et le business angel Sake Bosch.
Qui sont les fondateurs de Recupere Metals ?
La société a été fondée en mars 2025 par Katie Marsh (CEO, ex-J.P. Morgan et Field) et Julien Vaïssette, docteur en ingénierie diplômé de l'INSA Toulouse, qui apporte le brevet de procédé.
Quelle est la rupture technologique de Recupere Metals ?
Le procédé mécanique breveté de Recupere Metals transforme directement les déchets de cuivre en fils électriques, sans phase de fusion à 1 200 °C. La société annonce une réduction de 90 % des émissions de CO2 par tonne et une pureté finale supérieure à 99 %.
Quel est l'objectif de production de Recupere Metals ?
L'objectif communiqué est d'atteindre 6 000 tonnes de fils de cuivre recyclé par an d'ici 2028, sur un marché français de l'ordre de 250 000 tonnes annuelles. La société vise un segment premium "cuivre vert" valorisant la traçabilité et l'empreinte carbone réduite.
Pourquoi le cuivre recyclé est-il un enjeu de souveraineté ?
L'Europe extrait peu de cuivre primaire et dépend largement des importations. Le Critical Raw Materials Act adopté en 2024 fixe à 25 % la part des matières premières critiques consommées dans l'UE qui doit provenir du recyclage en 2030. Avec une demande mondiale en croissance de 5 à 7 % par an, la filière de recyclage devient stratégique.
