EverDye, startup parisienne de chimie textile durable, vient de lever 15 millions d'euros lors d'un tour de série A pour industrialiser un procédé de teinture économe en énergie et en eau. Le tour est conduit par Crédit Mutuel Innovation et Daphni, avec la participation de Ring Capital, EIC Fund, 212 Next, Asterion Ventures et Maki.VC. L'opération intervient dans un contexte où l'industrie textile représente entre 8 et 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon les données de l'Ademe et Bpifrance, et où la régulation européenne (CSRD, taxonomie verte, futur règlement ESPR sur l'écoconception) presse les marques à décarboner leur supply chain.
L'opération en détail
Cette série A doit financer trois priorités stratégiques :
- L'industrialisation du procédé de teinture EverDye à l'échelle de la première unité pilote opérée chez des partenaires teinturiers ;
- Le triplement des effectifs d'ici 2028, l'équipe étant aujourd'hui d'une vingtaine de collaborateurs ;
- L'expansion commerciale auprès des donneurs d'ordre - marques textiles, façonniers, teinturiers - en France, dans le bassin méditerranéen et en Asie où s'effectue l'essentiel de la teinture mondiale.
Le tour est piloté en lead par Crédit Mutuel Innovation, qui s'est positionné comme un investisseur actif sur l'industrie 4.0 et la décarbonation, ainsi que par Daphni, fonds early-stage français reconnu sur les sujets de transition écologique. La présence de l'EIC Fund (European Innovation Council) confirme l'alignement avec les priorités européennes en matière d'écoconception industrielle, comme l'a rappelé Maddyness dans sa couverture du tour.
Profil des fondateurs
Philippe Berlan, CEO, et Amira Erokh, CTO, dirigent une équipe mêlant chimistes textile, ingénieurs procédés et responsables industriels. Ce profil mixte est cohérent avec le défi du scale-up d'un procédé chimique : passer du laboratoire à la production série implique de maîtriser à la fois la formulation, l'ingénierie procédés, la conformité réglementaire (REACH) et la relation avec les industriels donneurs d'ordre.
La rupture EverDye : teinture à basse énergie et basse consommation d'eau
La teinture textile traditionnelle est l'une des étapes les plus polluantes de la chaîne textile. Elle consomme en moyenne 100 à 150 litres d'eau par kilogramme de tissu et nécessite des températures élevées (90 à 130 °C) pour fixer les colorants synthétiques. Les rejets industriels chargés en colorants et auxiliaires chimiques constituent un enjeu environnemental majeur, notamment dans les pays asiatiques où s'effectue plus de 80 % de la teinture mondiale.
EverDye développe un procédé alternatif qui agit sur trois leviers :
- Réduction de la température de teinture grâce à une chimie spécifique ;
- Diminution de la consommation d'eau en optimisant les bains et leur réutilisation ;
- Compatibilité avec les équipements de teinture existants pour faciliter l'adoption par les teinturiers.
Cette dernière caractéristique est essentielle. Comme l'a souligné Les Echos dans une analyse de la chaîne de valeur textile, l'industrialisation des innovations en teinture bute habituellement sur le coût d'investissement requis chez le teinturier. Une innovation drop-in, qui s'intègre aux machines existantes, accélère l'adoption.
Les contraintes économiques de l'industrialisation
Pour qu'un teinturier indien ou bangladais adopte un procédé alternatif, deux conditions doivent être réunies : un coût total compétitif (matières premières + énergie + eau + traitement effluents) et une stabilité de tonalité de couleur sur les lots successifs. Avec ses 15 M€, EverDye dispose des moyens d'aller chercher ses premiers contrats commerciaux significatifs et de construire une démonstration crédible à l'échelle 100-500 tonnes par an de tissu teinté.
Le contexte réglementaire qui change la donne
Trois textes réglementaires européens majeurs convergent pour pousser les marques à revoir leur sourcing :
- CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), pleinement applicable depuis 2024-2025 selon la taille des entreprises, oblige à rapporter les émissions Scope 3 - dont la teinture relève ;
- Règlement ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation) qui établira progressivement des exigences d'écoconception sur les textiles dont le passeport produit numérique ;
- Taxonomie verte européenne qui définit les activités économiquement durables et conditionne une part croissante du financement bancaire et d'investissement.
Pour les marques de mode et de vêtements techniques, ces textes transforment la décarbonation textile d'un argument marketing en une obligation comptable et financière. Selon une analyse FrenchWeb sur l'industrie textile européenne, plus de 60 % des grands groupes ont publié un objectif de réduction des émissions Scope 3 à horizon 2030, ce qui crée un appel d'offres permanent vers les solutions techniques comme EverDye.
Concurrents directs et écosystème
EverDye évolue dans un écosystème en émergence rapide. Plusieurs acteurs travaillent sur des approches complémentaires : Colorifix (teinture par bactéries), DyeCoo (teinture sans eau au CO2 supercritique), AlgaeNova (pigments d'origine algale), Tinctorium (colorant indigo recombinant). Ces approches se distinguent par leur niveau de maturité technologique, leur compatibilité avec l'existant et leur coût. Le segment de la chimie textile durable a vu plus de 200 millions d'euros investis en 2024 selon les données Bpifrance sur la cleantech française et européenne.
Quels arguments commerciaux pour EverDye ?
Pour convaincre une marque de mode d'imposer EverDye à ses teinturiers, plusieurs arguments doivent s'aligner :
- Empreinte carbone certifiée par tiers (analyse de cycle de vie ISO 14040/44) ;
- Stabilité colorimétrique documentée sur les lots et les fibres usuelles (coton, polyester, mélanges) ;
- Coût total compétitif ou neutre par rapport au procédé conventionnel ;
- Conformité REACH et écolabels usuels du textile.
Pour les équipes growth en B2B industriel, ce type de produit demande un cycle de vente long, ancré sur des références techniques et des bilans environnementaux audités. La levée de série A doit servir précisément à constituer ce capital de preuves.
Risques et points de vigilance
Le principal risque pour EverDye est celui de tout deep tech industriel : tenir les jalons d'industrialisation, sécuriser les premiers contrats long terme avec des teinturiers, et maintenir la qualité de teinture en production série. Le second risque est concurrentiel : si une approche alternative venait à démontrer un ratio coût/performance significativement supérieur, le segment pourrait se reconfigurer rapidement. Enfin, la macro-conjoncture textile - sensible aux cycles de consommation - pèse sur les budgets d'innovation des marques. La capacité d'EverDye à démontrer que son procédé est aussi économique qu'écologique sera déterminante.
FAQ
Combien EverDye a-t-elle levé en série A ?
EverDye a levé 15 millions d'euros en série A, mené par Crédit Mutuel Innovation et Daphni, avec la participation de Ring Capital, EIC Fund, 212 Next, Asterion Ventures et Maki.VC.
Qui dirige EverDye ?
EverDye est dirigée par Philippe Berlan (CEO) et Amira Erokh (CTO). La société est basée à Paris et compte une vingtaine de collaborateurs, avec un objectif de tripler ses effectifs d'ici 2028.
Que fait concrètement EverDye ?
EverDye développe un procédé de teinture textile qui réduit la température, diminue la consommation d'eau et reste compatible avec les équipements de teinture existants. Cette compatibilité drop-in est essentielle pour faciliter l'adoption par les teinturiers industriels.
Pourquoi la teinture textile est-elle un enjeu environnemental majeur ?
La teinture textile consomme 100 à 150 litres d'eau par kilogramme de tissu et requiert des températures élevées (90 à 130 °C). L'industrie textile globale représente 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l'Ademe.
À quoi vont servir les 15 M€ levés ?
Les fonds serviront à industrialiser le procédé EverDye chez des partenaires teinturiers, à recruter pour tripler les effectifs d'ici 2028 et à étendre la présence commerciale auprès des marques textiles et façonniers en Europe et en Asie.
