Apmonia Therapeutics, biotech rémoise spin-off du CNRS et de l'université de Reims Champagne-Ardenne, a annoncé le 5 février 2026 une levée de 10 millions d'euros. Le financement permet de lancer la première étude clinique de TAX2, peptide first-in-class qui vise sélectivement l'interaction TSP-1/CD47 sur les tumeurs solides avancées. L'essai de phase 1/2a sera conduit sur quatre centres de référence en France et en Belgique.
Une levée à dominante Grand Est et fondations santé
Selon Fusacq, l'opération réunit Capital Grand-Est, FINOVAM Gestion, la Fondation Fournier-Majoie, Angels Santé, Capital Cell ainsi que des investisseurs privés. La société avait précédemment levé 4 M€ en 2024 (mentionnés par Capital Grand-Est) pour finaliser les études précliniques réglementaires.
Apmonia Therapeutics est dirigée par Albin Jeanne, son directeur général, et a été créée en 2019 à Reims. La société est issue d'une coopération entre le CNRS, l'université de Reims et la SATT Nord, et opère depuis une filiale de R&D à Liège, en Belgique, pour ses activités précliniques.
TAX2 : viser TSP-1/CD47 sans toucher l'axe CD47-SIRPα
Le mécanisme thérapeutique de TAX2 est l'élément différenciant. La cible CD47 est devenue un axe d'oncologie phare dans la décennie 2010-2020 : les anti-CD47 développés par Forty Seven (racheté 4,9 milliards de dollars par Gilead en 2020), Pfizer (Trillium Therapeutics) ou ALX Oncology bloquent l'interaction CD47-SIRPα pour réactiver la phagocytose tumorale.
Le revers de cette approche est sa toxicité hématologique. CD47 est aussi exprimé par les globules rouges. Les anti-CD47 systémiques entraînent fréquemment des anémies sévères, frein de plusieurs essais avancés. Plusieurs développements ont été interrompus ou ralentis depuis 2023.
TAX2 prend un autre angle : il bloque sélectivement l'interaction TSP-1/CD47 (thrombospondine-1) sans interférer avec l'axe CD47-SIRPα. Selon les données précliniques d'Apmonia, ce ciblage rétablit l'immunité antitumorale et inhibe l'angiogenèse, tout en évitant la toxicité hématologique des anti-CD47 classiques. C'est précisément l'argument clinique qui doit être validé en phase 1/2a.
Le design de l'étude clinique
L'essai de phase 1/2a, dit first-in-human, recrutera des patients atteints de tumeurs solides avancées ou métastatiques, en rechute ou réfractaires. Les centres investigateurs sont Gustave Roussy (Villejuif), le Centre Léon Bérard (Lyon), l'Institut Jules Bordet (Bruxelles) et l'UZ Gent (Gand). Cette répartition franco-belge facilite l'accélération de l'inclusion et l'accès aux comités d'éthique des deux pays.
Le contexte du marché immuno-oncologie
Le marché de l'immuno-oncologie pèse plus de 75 milliards de dollars en 2025 selon les analyses sectorielles, dominé par les inhibiteurs de checkpoint (Keytruda de MSD, Opdivo de BMS). Les anticorps bispécifiques et les approches sur le microenvironnement tumoral représentent les vagues d'innovation suivantes. La matrice extracellulaire et le réseau vasculaire tumoral, axes de recherche d'Apmonia, sont considérés comme des cibles prometteuses pour contourner les résistances aux thérapies actuelles.
En France, l'écosystème biotech se concentre autour de Paris-Saclay, Lyon et Strasbourg, comme le rappelle régulièrement l'Usine Digitale dans ses panoramas sectoriels. Le pôle Grand Est, où s'inscrit Apmonia, structure progressivement une filière biotech à Reims et Nancy avec l'appui des SATT. Pour les biotechs de moins de 20 personnes, lever 10 M€ en série financière unique avec un programme clinique imminent reste un palier clé : il valide la maturité du dossier réglementaire et déverrouille l'attention des investisseurs spécialisés santé pour les tours suivants.
Les jalons à surveiller
- Premier patient inclus : généralement 6 à 9 mois après le bouclage du tour, sous réserve d'autorisation des comités d'éthique et des agences (ANSM en France, AFMPS en Belgique).
- Données de tolérance préliminaires : la phase 1 vise d'abord à établir la dose maximale tolérée. Les premiers signaux interviennent généralement 12 à 18 mois après le démarrage.
- Signaux d'efficacité : la partie 2a évalue les premiers signes d'efficacité antitumorale et oriente le choix d'indications pour la phase 2 dédiée.
Ce que cela signale pour la deeptech santé française
Le tour Apmonia illustre une tendance : les spin-offs académiques régionales accèdent à des financements significatifs lorsque leur dossier préclinique est solide et leur cible cliniquement différenciée. Le rôle des SATT (Sociétés d'Accélération du Transfert de Technologies), des fondations santé spécialisées (Fournier-Majoie pour l'oncologie) et des fonds régionaux comme Capital Grand-Est ou FINOVAM est central pour amorcer ces sociétés avant l'arrivée de fonds VC européens plus généralistes.
Pour les directions marketing et opérationnelles des biotechs en cours de structuration, des chantiers récurrents émergent : positionnement scientifique, communication investisseurs, partenariats académiques. Les agences growth marketing et les équipes IA appliquée peuvent contribuer à structurer la donnée patient, les outils CRM investor relations et la communication scientifique.
FAQ
Quel est le montant levé par Apmonia Therapeutics en 2026 ?
Apmonia Therapeutics a annoncé le 5 février 2026 une levée de 10 millions d'euros, qui finance le démarrage de la phase 1/2a de TAX2 chez des patients atteints de tumeurs solides avancées.
Qui sont les investisseurs du tour Apmonia ?
Le tour rassemble Capital Grand-Est, FINOVAM Gestion, la Fondation Fournier-Majoie, Angels Santé, Capital Cell et des investisseurs privés.
Qu'est-ce que TAX2 et comment se distingue-t-il des anti-CD47 ?
TAX2 est un peptide first-in-class qui bloque sélectivement l'interaction TSP-1/CD47, sans interférer avec l'axe CD47-SIRPα. Cette sélectivité doit éviter la toxicité hématologique observée avec les anti-CD47 systémiques classiques, qui ciblent les deux interactions à la fois.
Où l'essai clinique de TAX2 sera-t-il mené ?
L'essai de phase 1/2a sera conduit dans quatre centres de référence : Gustave Roussy (Villejuif), Centre Léon Bérard (Lyon), Institut Jules Bordet (Bruxelles) et UZ Gent (Gand), avec l'appui d'une filiale R&D belge à Liège.
Apmonia Therapeutics est-elle une spin-off académique ?
Oui. Apmonia Therapeutics, créée en 2019 à Reims, est une spin-off issue d'une coopération entre le CNRS, l'université de Reims Champagne-Ardenne et la SATT Nord, qui a accompagné les premières étapes de transfert technologique. La société conserve des liens étroits avec la recherche académique française.
Quelle est la prochaine étape clé pour Apmonia après cette levée ?
La société doit obtenir les autorisations réglementaires de l'ANSM en France et de l'AFMPS en Belgique pour démarrer l'essai clinique, puis recruter les premiers patients dans les quatre centres investigateurs. L'objectif intermédiaire est la publication des données de tolérance préliminaires sur les premières cohortes, prévue 12 à 18 mois après le démarrage du recrutement, étape charnière pour orienter le programme clinique vers les indications les plus prometteuses et préparer un tour de financement plus important.
Quel est le marché potentiel adressé par TAX2 ?
Les tumeurs solides avancées en rechute ou réfractaires aux thérapies actuelles représentent un besoin médical majeur non couvert. Les inhibiteurs de checkpoint comme Keytruda ou Opdivo bénéficient à environ 20 à 30 % des patients selon les indications. Les approches sur le microenvironnement tumoral, dont TAX2, visent à élargir la population répondeuse en contournant les mécanismes de résistance.