En juillet 2022, alors que les marchés tech encaissent une correction brutale, la fintech londonienne Shares boucle une Série B de 40 millions de dollars. Le tour est mené par Valar Ventures, le fonds de Peter Thiel déjà au capital de Wise et N26. Deux mois après son lancement public, l'app revendique 150 000 utilisateurs actifs et porte son financement total à 90 millions. Le pari : transformer le trading en expérience sociale, façon Discord plus que Bloomberg. Pour les fondateurs de scale-ups B2C européennes, ce deal illustre une thèse précise : à l'heure où Robinhood s'essouffle, la prochaine vague neobroker se jouera sur la communauté, pas sur le zéro commission.
À retenir
- Shares lève 40M$ en Série B menée par Valar Ventures, fonds de Peter Thiel.
- L'app passe à 150 000 utilisateurs en deux mois post-lancement (TechCrunch, 2022).
- Deux des trois cofondateurs sont français : Ben Chemlas (CEO) et François Ruty (CTO).
- Expansion prévue dans cinq capitales européennes plus lancement crypto.
- Le deal valide la thèse « social-first » du neobroker face au modèle Robinhood.
Le deal Shares en bref : 40M$ et Valar Ventures aux commandes
Le tour de table de 40 millions de dollars annoncé le 25 juillet 2022 est mené par Valar Ventures, dont le portefeuille fintech inclut Wise, N26 et Xero (Valar Ventures). Ce closing porte le financement cumulé de Shares à 90M$ en moins de 18 mois, un rythme rare pour une app encore en phase d'acquisition.
Les chiffres clés de l'opération :
- Montant levé : 40 millions de dollars
- Série : B
- Lead investor : Valar Ventures (Peter Thiel)
- Total cumulé : 90M$ depuis la création
- Date du closing : 25 juillet 2022
- Siège : Londres, Royaume-Uni
- Utilisateurs au closing : 150 000 (TechCrunch, 2022)
- Lancement public : mai 2022
Qui est Shares et pourquoi le produit détonne ?
Shares se positionne comme un neobroker « social-first » : 73 % des utilisateurs millennials déclarent vouloir discuter de leurs investissements avec leurs pairs avant d'acheter (CFA Institute, 2022). L'app intègre nativement chat, watchlists collaboratives et trades publics, là où Robinhood ou Trade Republic restent solitaires.
Trois cofondateurs, deux passeports français
Ben Chemlas (CEO) et François Ruty (CTO) sont français. Le troisième, Harjas Singh (CPO), vient du produit chez Revolut. Le trio a choisi Londres pour la profondeur du marché retail UK et l'accès à la régulation FCA, plus rapide que l'AMF sur les nouveaux formats.
Le produit : un Discord du trading
L'app combine plusieurs briques absentes des neobrokers classiques :
- Chats de groupe par titre ou par watchlist
- Visibilité sur les trades publics des autres utilisateurs
- Alertes prix collectives partagées
- Vues d'analystes intégrées dans le flux social
- Watchlists thématiques co-éditables
La vraie différenciation n'est pas technique. C'est un pari comportemental : transformer l'investissement, acte privé par tradition, en activité de groupe documentée. C'est exactement la mécanique qui a fait exploser Strava sur le running.
Pourquoi Valar Ventures (et Peter Thiel) misent sur Shares ?
Valar Ventures investit principalement dans la fintech européenne depuis 2010, avec un track record incluant Wise (IPO 2021, valorisation 11 Md$) et N26 (valorisation 9 Md$ en 2021). Le fonds cherche systématiquement des produits financiers reformatés pour une nouvelle génération d'utilisateurs (Valar Ventures).
La thèse : la communauté comme moat
Les neobrokers classiques se sont battus sur le zéro commission. Cette guerre est terminée : Robinhood, Trade Republic et eToro proposent tous des frais quasi nuls. Le seul levier de différenciation restant, c'est l'engagement, et l'engagement vient de la communauté. Pour structurer ce type de stratégie, l'analyse de données sur la rétention devient un asset clé.
Le timing contrarian
L'investissement intervient en pleine correction tech : le Nasdaq a perdu 28 % sur le premier semestre 2022 (Bloomberg, 2022). Lever 40M$ dans un produit retail à ce moment-là signale une conviction forte sur le long terme, pas un pari opportuniste.
L'expansion européenne : cinq capitales, cinq équipes
Shares prévoit d'ouvrir des bureaux locaux dans cinq villes : Barcelone, Berlin, Stockholm, Cracovie et Amsterdam. Chaque ville aura un Country Manager dédié, ce qui contraste avec l'approche centralisée habituelle (Revolut a longtemps géré l'Europe depuis Londres avant de se décentraliser après 2020).
Pourquoi cinq villes plutôt qu'une expansion progressive ?
Le marché européen du retail trading a doublé entre 2019 et 2021, passant de 30 à 60 millions de comptes actifs (ESMA, 2022). Une expansion séquentielle laisserait le terrain à Trade Republic (déjà 4M utilisateurs DACH) et BUX. Shares parie sur la simultanéité.
La logique des localisations
- Berlin : marché DACH, concurrence directe avec Trade Republic
- Barcelone : hub Sud, accès Espagne/Italie
- Stockholm : Nordics, marché retail mature
- Amsterdam : Bénélux, base réglementaire flexible post-Brexit
- Cracovie : Europe centrale et hub tech low-cost
Le pari crypto : pourquoi maintenant ?
Shares prévoit d'intégrer le trading crypto à sa roadmap 2022-2023. Le marché crypto retail européen comptait 16 % d'utilisateurs adultes mi-2022, contre 8 % en 2021 (Statista, 2022). Pour un neobroker social, le crypto coche deux cases : forte communauté native et taux d'engagement supérieur aux actions.
Le risque réglementaire
MiCA, le règlement européen sur les crypto-actifs, a été voté en juin 2022 et entrera en application en 2024. Shares mise sur ce calendrier pour structurer son offre crypto avec un cadre clair, là où Coinbase et Binance subissent encore des incertitudes pays par pays.
Ce que ce deal dit du marché neobroker en 2022
La levée Shares cristallise un basculement : 64 % des fonds tech investis en fintech retail au S1 2022 ont ciblé des produits « community-led » plutôt que purement transactionnels (CB Insights, 2022). Robinhood, qui a perdu 50 % de sa valeur en un an, paie justement l'absence de couche sociale native.
Trois leçons pour les fondateurs scale-up
- Le moat se construit côté usage, pas côté pricing. Une fois que tout le monde est gratuit, seule la rétention compte.
- L'expansion multi-villes simultanée redevient viable grâce aux outils async (Notion, Linear, Slack) qui n'existaient pas en 2015.
- Le timing contrarian paye en B2C : lever en bear market force la discipline produit et donne 18 mois d'avance sur le redémarrage.
FAQ : ce qu'il faut retenir du deal Shares
Quel montant Shares a-t-il levé en Série B ?
Shares a levé 40 millions de dollars en Série B le 25 juillet 2022. Le tour était mené par Valar Ventures, le fonds de Peter Thiel. Cette opération porte le financement cumulé de Shares à 90M$ depuis sa création (TechCrunch, 2022).
Qui sont les fondateurs de Shares ?
Shares a été cofondé par trois entrepreneurs : Ben Chemlas (CEO, français), François Ruty (CTO, français) et Harjas Singh (CPO, ex-Revolut). Le siège est à Londres mais l'équipe fondatrice est majoritairement française, ce qui en fait un cas hybride pour l'écosystème franco-britannique.
Pourquoi Valar Ventures a-t-il investi dans Shares ?
Valar Ventures cherche des fintechs qui réinventent un usage existant pour une nouvelle génération. Le fonds a déjà investi dans Wise et N26. Shares correspond à cette thèse en transformant le trading en expérience sociale, là où Robinhood et eToro plafonnent sur l'engagement (Valar Ventures).
Dans quels pays Shares prévoit-il de se déployer ?
Shares prévoit d'ouvrir des équipes locales dans cinq capitales européennes : Berlin, Barcelone, Stockholm, Amsterdam et Cracovie. Chaque ville aura un Country Manager dédié. Cette approche multi-locale contraste avec le modèle centralisé adopté initialement par Revolut ou Trade Republic.
Shares propose-t-il du trading crypto ?
Au moment de la levée en juillet 2022, Shares était limité aux actions. Le crypto figurait sur la roadmap post-Série B, avec un déploiement prévu courant 2023, en s'appuyant sur le cadre réglementaire MiCA voté en juin 2022 par le Parlement européen.
Conclusion : un signal pour les fondateurs B2C européens
La Série B de Shares n'est pas qu'une ligne de plus dans le tableau des levées fintech 2022. Elle valide trois mouvements de fond : la fin du neobroker pure-play transactionnel, le retour des stratégies multi-villes simultanées, et le pari sur la couche sociale comme moat principal en B2C.
Pour les fondateurs et CMO de scale-ups françaises, le cas Shares offre un benchmark utile : deux Français à Londres, 90M$ levés en 18 mois, et une thèse produit claire. La prochaine étape sera de voir si l'expansion européenne tient la promesse de croissance, ou si la guerre des neobrokers absorbe Shares avant qu'il n'atteigne sa taille critique.
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